Baguage

1. Baguer les oiseaux

Pour comprendre la migration des oiseaux, nul autre moyen que de marquer les oiseaux individuellement à l’aide de bagues. Il est très rapidement apparu qu’il fallait organiser et coordonner cette activité scientifique à l’échelle nationale, et européenne, sous la forme des actuelles centrales ornithologiques nationales. En France, cette centrale porte un nom : le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux, plus connu sous l’acronyme CRBPO. Cette structure appartient au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris et c’est elle qui structure l’activité de baguage en France à travers le Programme National de Recherche Ornithologique. Le CRBPO délivre aussi les bagues en alliage métallique sur lesquelles un numéro unique est inscrit. Cette activité scientifique est rigoureusement contrôlée et baguer des espèces protégées nécessite une autorisation renouvelable tous les ans. Pour cette raison, le CRBPO assure la formation des bagueurs en organisant tous les ans plusieurs stages de qualification permettant aux aides-bagueurs qui se sont formés pendant 3 à 5 ans de devenir bagueurs à leur tour. Ce stage-examen dure près d’une semaine et complète la formation théorique de 2 jours qui se déroule à Paris. Enfin, le CRBPO assure aussi la formation permanente des bagueurs en organisant plusieurs fois par an des stages d’analyses de données, en proposant des conseils personnalisés sur les protocoles de baguages. Enfin, il rencontre les autres administrations françaises, ONCFS, Parcs Nationaux, Conservatoire du Littoral, ONF, etc pour coordonner l’activité en relation avec le Ministère de l’Environnement, sa tutelle.

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Pose d’une bague sur un Pouillot véloce

Baguer les oiseaux ne permet pas seulement d’étudier la migration. Il est possible de connaître la durée de vie des espèces. Grâce au baguage, nous savons désormais que certaines espèces d’oiseaux marins peuvent vivre très longtemps, plus de 50 ans pour le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus), près de 40 ans pour le Fulmar boréal (Fulmarus glacialis) et plus de 30 ans pour l’Océanite tempête (Hydrobates pelagicus). Même les espèces de plus petites tailles peuvent vivre longtemps, le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) ou la Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) peuvent dépasser 10 ans.

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Poussin de Goéland brun : vivra-t-il pendant 10, 20 ans ?

Le baguage nécessite inévitablement la capture l’oiseau ce qui permet de l’observer très attentivement. Grâce à ses plumes, mais pas seulement, il est possible de connaître son âge tout au long de l’année. S’agit-il d’un oiseau né cette année, l’année précédente, celle d’avant ? Ces questions sont résolues par le bagueur qui est théoriquement capable d’identifier, de sexer et d’âger toutes les espèces d’oiseaux susceptibles de survoler le territoire. Près de 300 espèces environ. Dans les faits, beaucoup plus, mais les autres espèces sont nettement plus rares et donc difficiles à capturer. Baguer c’est aussi effectuer des mesures sur l’oiseau. Le bagueur prend systématiquement la mesure de la longueur d’aile et la masse de l’oiseau. Il va aussi vérifier l’état de santé général de celui-ci en évaluant les réserves de graisse. Il peut aussi vérifier l’état général, la présence de parasite, de certaines maladies. Mais ce n’est pas tout, il peut aussi prendre de nombreuses autres mesures selon les programmes d’études, la longueur du bec, de l’ongle, du tarso-métatarse, de certaines plumes comme les rémiges ou les rectrices et bien d’autres mesures encore. Baguer permet aussi de détecter les changements de communautés d’oiseaux en relation avec les changements d’habitats. Les opérations de baguage permettent de savoir si une population d’oiseaux décline ou au contraire est en expansion. Toutes ces données sont soigneusement notées et envoyées au CRBPO qui les stocke dans une base nationale. Cette base sert ensuite aux chercheurs du CNRS, du MNHN ou des universités pour comprendre de nombreux phénomènes dont l’impact du réchauffement climatique sur les populations d’oiseaux par exemple.

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Bague anglaise du British Museum de Londres contrôlée en France

1.1. Histoire du baguage

Les hommes ont de tout temps été intrigués par la migration des oiseaux. Aristote a noté que les oiseaux qui partaient en migration étaient plus gras ; hypothèse vérifiée seulement au 20ème siècle ! Les grecs pensaient que les hirondelles entraient en hibernation. Ils leur étaient difficiles de deviner qu’un oiseau d’une vingtaine de grammes puisse effectuer près de 10.000 km, voire plus, chaque année. Au début du 18ème siècle, Jean-Jacques Audubon pose des anneaux d’argent sur des Moucherolles phébi (Sayornis phoebe). A cette même époque, Johann Frish, un ornithologue allemand, a teint des filets d’hirondelles rustiques avec de la peinture. Plusieurs essais ont lieu ensuite avec des anneaux de laiton, puis de cuivre, posés sur des canards et des Bécasses des bois (Scolopax rusticola). Mais c’est en 1899 que le scientifique danois Hans Mortensen a, pour la première fois, posé des bagues d’aluminium sur des Étourneaux sansonnets. Ces bagues étaient gravées avec un numéro unique et une adresse de retour exactement comme actuellement. Très vite, cette expérience est reprise en Allemagne avec la création d’une station d’observation ornithologique qui fonctionne toujours. Le baguage s’organisait en Grande-Bretagne et aux États-Unis dès 1909, puis est étendu à 17 pays en 1927 en utilisant les mêmes systèmes de capture. En France, ce sera Edouard Bourdelle du Muséum National d’Histoire Naturelle qui développera le premier réseau d’études sur la migration des oiseaux en 1930.

Jérôme Fournier

Bagues du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris

1.2. Le baguage en France

Il existe environ 620 bagueurs en France. Environ 450 possèdent une autorisation de capture leur permettant de capturer toutes les espèces d’oiseaux avec toutes les méthodes de captures possibles, ou presque. Ce sont des bagueurs généralistes. Ces bagueurs sont avant tout des passionnés et des ornithologues chevronnés. Beaucoup d’entre eux travaillent dans le milieu de la protection de la nature, mais pas toujours et l’origine socio-professionnelle des bagueurs est extrêmement variée. Parmi eux, un certain nombre de scientifiques des universités, du CNRS, du MNHN ou de l’INRA entre autres.. Les autres bagueurs sont dits spécialistes car leur autorisation ne porte que sur une ou deux espèces, rarement plus. Ces bagueurs s’intéressent soit aux espèces gibiers comme la Bécasse des bois (Scolopax rusticola), le Pigeon ramier (Columba palumbus) ou l’Alouette des champs (Alauda arvensis), etc. Généralement, ces bagueurs proviennent de l’ONCFS ou des Fédérations de Chasse. Les bagueurs spécialistes peuvent être aussi des scientifiques qui n’ont besoin de capturer que l’espèce qui leur sert de modèle comme l’Outarde canepetière (Tetrax tetrax) ou certaines espèces d’oiseaux marins des Terres Australes et Antarctiques Françaises par exemple. Ces bagueurs spécialisés peuvent aussi travailler pour des associations de protection de la nature, c’est le cas de ceux qui s’intéressent aux rapaces, comme les vautours ou aux oiseaux marins.

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Bouscarle de Cetti

Près de 300.000 oiseaux sont bagués chaque année en France (métropole et Corse, DOM-TOM), la base de données nationale comporte donc plusieurs millions d’entrées actuellement. Près de 65.000 données de contrôles sont fournies chaque année. Un contrôle consiste à lire le numéro de bague préalablement posé sur un oiseau. Ce contrôle peut être effectué en main ou à distance à l’aide d’un matériel optique. C’est bien sûr ces données de contrôles qui permettent de connaître la vie de l’oiseau ; elles sont donc particulièrement précieuses. Enfin, environ 2.500 données de reprises sont fournies chaque année au CRBPO. Une reprise est un oiseau mort porteur d’une bague. La mort de l’oiseau peut être due à une action de chasse, un acte de prédation (chat par exemple), un accident (fenêtre, voiture…). Toute personne découvrant un oiseau bagué, mort ou vivant, est encouragé à envoyer le numéro de la bague et si possible le nom de l’espèce et les circonstances de la mort au CRBPO à Paris.

Les 25 espèces les plus capturées en France (en 2012)

  1. Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus) : ~30.000
  2. Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) : ~28.500
  3. Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenoaenus) : ~27500
  4. Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) : ~20.500
  5. Mésange charbonnière (Parus major) : ~18.500
  6. Hirondelle rustique (Hirundo rustica) : ~16.000
  7. Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus) : <13.000
  8. Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) : <10.000
  9. Rougegorge familier (Erithacus rubecula) : ~9.000
  10. Merle noir (Turdus merula) : ~7.000
  11. Hirondelle de rivage (Riparia riparia) : ~<7.000
  12. Verdier d’Europe (Chloris chloris) : ~7.000
  13. Pouillot fitis (Phylloscopus trochilus) : ~5.500
  14. Moineau domestique (Passer domesticus) : ~5.500
  15. Bécasse des bois (Scolopax rusticola) : ~5.500
  16. Fauvette des jardins (Sylvia borin) : <5.500
  17. Fauvette grisette (Sylvia communis) : ~3.500
  18. Rémiz penduline (Remiz pendulinus) : <3.500
  19. Accenteur mouchet (Prunella modularis) : ~3.000
  20. Chardonneret élégant (Carduelis carduelis) : <3.000
  21. Grive musicienne (Turdus philomelos) : <3.000
  22. Alouette des champs (Alauda arvensis) : ~2.500
  23. Pigeon ramier (Columba palumbus) : ~2.500
  24. Bergeronnette printanière (Motacilla flava) : <2.500
  25. Pinson des arbres (Fringilla coelebs) : <2.500

Jérôme Fournier

Rousserolle effarvatte

1.3. A l’étranger

La plupart des pays européens organisent l’activité de baguage. C’est sans doute en Grande-Bretagne qu’elle est la plus développée puisque ce pays compte plus de 2.300 bagueurs qui baguent près de 800.000 oiseaux annuellement. Le second pays le plus actif est sans doute la Belgique qui dépasse les 500.000 captures annuelles. Arrive ensuite l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne et la Suède qui capturent entre 250.000 et 500.000 oiseaux annuellement. La Norvège, la Finlande, la Russie, la Hongrie, l’Italie et les Pays-Bas capturent entre 150.000 et 250.000 oiseaux annuellement. Ces pays travaillent en interaction puisque l’activité de baguage est, par définition, internationale. Une organisation européenne, l’European Union for Bird Ringing, EURING, permet de fédérer les centrales nationales et travaille à l’échange des données.

2. La capture des oiseaux

La capture d’espèces protégées est strictement réglementée en France. La détention et l’utilisation de moyens de capture n’est donc autorisée que par des personnes titulaires d’autorisations à jour et susceptibles d’être contrôlées à tout moment par les agents de l’ONCFS ou de la Gendarmerie Nationale. Depuis toujours, les hommes ont capturé des oiseaux en utilisant un très grand nombre de pièges. L’objectif de ces captures étaient surtout à but alimentaire. Les bagueurs, eux, ont tout intérêt à ce que les oiseaux soient en parfait état de santé lorsqu’ils les relâchent dans la nature après les avoir étudié. Et pour cause, l’intérêt du baguage réside dans le fait que l’oiseau puisse être par la suite contrôlé autant de fois que possible. Les bagueurs sont donc extrêmement précautionneux lorsqu’ils capturent et manipulent les oiseaux. Pour mémoire, l’oiseau est bagué, mesuré et pesé dans un laps de temps qui est généralement largement inférieur à une minute, de manière à limiter au maximum le stress lié à la capture. Rappelons encore une fois que les bagueurs sont des passionnés d’oiseaux qui utilisent le baguage uniquement à des fins d’études scientifiques.

2.1. Les principales méthodes de capture

Étudier un oiseau de près, c’est d’abord pouvoir le capturer ! Chaque grandes familles d’espèces se capturent avec des techniques adaptées. En effet, il faut qu’elles soient suffisamment efficaces pour capturer un nombre suffisant d’oiseaux par rapport aux besoins que nécessitent l’étude. Il faut aussi que ces techniques permettent la capture en garantissant toute la sécurité nécessaire pour les oiseaux. Il est parfois utile d’attirer les oiseaux près du système de capture mis en place. Pour cela, les bagueurs utilisent de la nourriture (vers, graines, fruits,…) ou des leurres acoustiques, très efficaces pour sélectionner une espèce plutôt qu’une autre. L’utilisation de ces leurres est aussi réglementée. Il est possible de retenir 3 techniques principales parmi les centaines disponibles : la capture au nid, les trappes et les pièges et les filets.

Le baguage au nid est sans doute le moyen le plus direct pour capturer certaines espèces d’oiseaux. Il s’agit de la seule méthode possible ou presque pour étudier les rapaces : aigles, buses, vautours ou certaines espèces d’oiseaux marins, ceux qui vivent en falaises en particulier : Mouettes tridactyles (Rissa tridactyla), goélands, guillemots. Lorsque l’étude nécessite la pose de nichoirs, il est alors possible de baguer les oiseaux directement dans ceux-ci ; cela peut concerner les passereaux bien sûr, comme les mésanges ou les hirondelles mais aussi les rapaces nocturnes par exemple. Un soin tout particulier est apporté lors de la manipulation des juvéniles.

Jérôme Fournier

Jeune Goéland marin non volant prêt à être relâché après avoir été bagué

Les trappes et les pièges constituent des moyens adaptés pour de nombreuses espèces. La trappe Helgoland, notamment, est une sorte de très grand tunnel dont les parois sont constituées de filets. L’ouverture est très grande et presque toutes les espèces peuvent y entrer. Elles progressent seules dans le tunnel qui se resserre progressivement jusqu’à une grande boîte dans laquelle les bagueurs peuvent récupérer les oiseaux. Ces trappes ont été inventés par les ornithologues allemands sur l’île d’Helgoland, d’où leur nom et leurs tailles considérables. En France, c’est dans le Nord de la France que l’on peut trouver la seule trappe existante de ce genre au Fort-Vert, près de Calais. Il existe un très grand nombre de pièges à déclenchement manuel (matole) ou automatiques (clap-net). Ces pièges peuvent être posés au sol ou sur des poteaux. Les premiers permettent la capture des oiseaux qui marchent souvent à terre comme les bergeronnettes, les alouettes ; les seconds sont efficaces pour les oiseaux qui utilisent des postes de chants élevés, comme la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica) par exemple.

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Mise en place des matoles et clap-nets au sol

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Clap-net poteau installé sur un poste de chant de Gorgebleue à miroir

L’invention des filets japonais qui ont été importés pour la première fois en Europe en 1956 a énormément facilité la capture des passereaux surtout. Ces filets de polyester ou de nylon sont extrêmement fins et sont presque invisibles lorsqu’ils sont dissimulés dans la végétation. Longs de 9 à 18 mètres et hauts de 1,5 à 3,5 m, ils peuvent être installés partout. Il est aussi possible de les superposer pour capturer des oiseaux qui ne descendent que rarement au sol. C’est le cas aussi pour les opérations de baguages qui se déroulent soit en forêt, soit sur les grands cols alpins comme ceux de Jaman ou du Bertolet à la frontière entre la Suisse et la France. La taille de la maille peut varier aussi selon le type d’oiseaux que l’on désire capturer, de 14 à 23 mm en général. Un système de poches retient l’oiseau qui est pris de le filet. Le bagueur devient alors démailleur et démêle l’oiseau du filet lors des tournées de visites des filets. Cette opération est l’une de celles qui nécessite le plus d’entraînement, plusieurs années souvent. Il existe aussi d’autres types de filets qui sont projetés à distance. D’une conception totalement différente, ces filets sont particulièrement efficaces pour capturer des groupes d’oiseaux comme les limicoles par exemple. Une logistique importante doit être mise en oeuvre pour que l’opération puisse être réalisée.

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Un filet japonais dans une jonchaie

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Mailles standards de 16mm

2.2. Les bagues et marques

Il existe des bagues pour toutes espèces d’oiseaux. Les diamètres et les formes disponibles varient selon que l’on bague un Pouillot véloce (Phylloscopus collybita), une Grive musicienne (Turdus philomelos) ou une Buse variable (Buteo buteo). En alliage métallique (souvent magnésium-aluminium) ou en acier, ces bagues sont particulièrement légères et ne représentent qu’un très faible pourcentage du poids de corps de l’oiseau qui peut varier de plus de 10% dans une seule journée. La bague qui est posée sur un Troglodyte mignon, 9 grammes environ, (Troglodytes troglodytes) ne pèse que 0,04 grammes. La masse de la bague ne représente que 0,4% de la masse totale de l’oiseau. Celle qui est posée sur un Merle noir (Turdus merula) pèse 0,14 grammes et elle ne représente que 0,1% de la masse totale de l’oiseau. Le numéro unique gravé dans le métal est associé à l’adresse de la centrale ornithologique qui a délivré la bague : OIS MUSEUM PARIS ou MUSEUM NAT HIST LONDON SW7 par exemple.

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Bagues de diamètres différents pour les passereaux

Lire la bague métal à distance est souvent difficile. Ceci est d’autant plus évident lorsque l’oiseau ne laisse pas voir ses pattes, ou s’il est de petite taille. Pour cette raison et toujours dans un cadre scientifique, on associe parfois à la bague métal, une ou plusieurs bagues plastiques de couleurs. Ces bagues composent un code unique qui est lié à celui inscrit sur la bague métal. Ainsi, à distance, il est possible de contrôler le numéro de bague métal et ainsi l’identité de l’oiseau via le code composé par les bagues couleurs et ce, sans avoir besoin de re-capturer l’oiseau. Presque toutes les espèces sont concernées, des passereaux aux limicoles. Ces bagues peuvent être unicolores, gravées d’un code alpha-numérique, d’un symbole, en forme de petit drapeau, etc. Les centrales ornithologiques ne gèrent généralement pas ces codes. Il faut alors contacter le bagueur ou le groupe de bagueurs qui a posé ces bagues. Pour coordonner, à l’échelle européenne, les combinaisons de bagues, le site European Colour-ring Birding a été créé. Il convient de s’y référer lorsque l’on découvre une marque colorée sur un oiseau.

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Bagues Darvic alpha-numériques

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Combinaison de bagues couleurs

D’autres types de marques existent aussi comme les colliers, utilisés sur les cygnes par exemple, les plaques nasales qui s’installent sur le bec des canards, les marques alaires visibles en vol, les décolorations ou les colorations de plumes. Depuis peut, les chercheurs utilisent des marqueurs naturelles comme ceux obtenus en prélevant des plumes et qui fournissent empreintes génétiques ou les ratios d’isotopes stables d’éléments comme le carbone. Grâce à l’ADN, il a été possible de montrer que les jeunes nés dans un même nid ne provenaient pas du couple qui s’occupait d’eux, mais que plusieurs mâles avaient fécondés la femelle.

2.3. Les instruments embarqués

Il existe d’autres moyens pour obtenir des informations sur les déplacements, surtout depuis l’avènement du numérique. Des émetteurs radios peuvent être posés sur les oiseaux. Ces émetteurs ont une durée de vie relativement courte et vont tomber lors de la mue des plumes. Les fréquences sont détectées à l’aide d’antennes que l’on transporte sur le terrain. Par triangulation, il est alors possible de connaître la position de l’oiseau. Toutefois, ces émetteurs ne sont efficaces que localement. Pour étudier la migration proprement dite, il faut utiliser d’autres systèmes comme les GPS embarqués ou les balises ARGOS. L’avantage de ces systèmes est qu’ils émettent directement des signaux aux satellites. Il est donc possible de connaître la position de l’oiseau en restant au bureau. Ces systèmes étant relativement encombrants, seuls les oiseaux de grande taille peuvent être équipés. Une nouvelle technologie est apparue il y a peu, les GLS qui enregistrent la durée du jour et de la nuit. Ces systèmes sont de plus en plus petits, aussi il est possible de connaître les voies migratoires utilisées par de très nombreuses espèces. A l’aide d’un tableau des éphémérides, il est possible avec ces seules informations et la date de retrouver la longitude et la latitude à une précision de l’ordre de 150 km. Toutefois, ce système impose de re-capturer l’oiseau pour récupérer l’instrument de mesure. Seules les espèces fidèles à un lieu de reproduction ou une halte migratoire sont donc susceptibles d’être équipées. Grâce à ce système, nous savons désormais que les Sternes arctiques (Sterna paradisaea) migrent chaque année sur une distance proche de 80.000 km (le double de ce que pensaient les scientifiques), ce qui représente pas moins de la distance Terre-Lune au cours d’une vie de sterne !

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Emetteur VHF posé sur les rectrices centrales

Jérôme Fournier

Cartographie des domaines vitaux (Grégoire, 2013)

3. L’oiseau en main

Observer un oiseau de près est un rare privilège que les bagueurs possèdent. Toutefois, ce privilège se doit d’être de courte durée. Les oiseaux sont des animaux sauvages qui doivent recouvrer leur liberté le plus rapidement possible. Pour ces raisons, les gestes effectués par les bagueurs doivent être le plus précis possible, ce qui demande un grande maîtrise et explique pourquoi la formation est si longue.

3.1. Le démaillage

Les oiseaux pris au filet doivent être libérés rapidement, ce qui ne prend que très peu de temps pour un bagueur chevronné. Il s’agit pourtant là d’un geste particulièrement complexe à exécuter parfaitement et qui prend beaucoup de temps avant de le maîtriser. Chaque oiseau est unique et chaque oiseau est pris d’une façon qui lui est propre. Les oiseaux sont ensuite placés au calme dans un sac de contention avant de passer aux étapes suivantes.

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Prise dans le filet, cette Rousserolle effarvatte sera vite libérée

3.2. L’identification

Avant même de poser la bague, le bagueur doit être capable dans un laps de temps extrêmement bref d’identifier l’espèce à laquelle appartient l’oiseau tenu en main. Le bagueur est avant-tout un ornithologue de terrain et pour obtenir son autorisation de capture, il a été soumis à des épreuves permettant de vérifier ses connaissances en matière d’identification des espèces. En France métropolitaine, il doit être capable d’identifier toutes les espèces susceptibles d’être capturées, soit environ 300. La prise de mesure lui permet de trouver ensuite, lorsqu’elle est connue, la sous-espèce. C’est le cas pour les bergeronnettes ou le traquet motteux par exemple.

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Rousserolle turdoïde et Rousserolle verderolle (à droite), la seconde peut parfois poser problème tant elle peut ressembler à la Rousserolle effarvatte

Identifier l’espèce est une chose, mais le bagueur doit aussi déterminer l’âge et le sexe de l’oiseau. Pour certaines espèces, la tâche peut s’avérer  facile, pour d’autres, cela peut être carrément impossible. Il faut, pour cela, lire certains signes qui diffèrent selon les espèces, les familles d’oiseaux et la saison. En effet, le phénomène de la mue des plumes permet au bagueur de distinguer les plumes usées des plumes neuves. En connaissant la phénologie de la mue d’une espèce et la stratégie de mue de cette dernière, alors il devient possible de donner un âge à l’oiseau : né l’année en cours, l’année précédente, oiseau dans sa deuxième année, sa troisième, etc. D’autres critères sont parfois utilisables, comme la couleur de l’iris, de la langue, de la mandibule, etc. Déterminer le sexe d’une espèce chez qui le dimorphisme sexuel est évident (couleur, taille) est facile, comme le Pinson des arbres (Fringilla coelebs) par exemple. Mais lorsque mâles et femelles se ressemblent, cela devient plus délicat comme pour le Chardonneret élégant (Carduelis carduelis). Malgré tout, pour certaines espèces comme le Rougegorge familier (Erithacus rubecula), il faut attendre la saison de la reproduction pour déterminer le sexe en observant la protubérance cloacale, pour un mâle, ou la plaque incubatrice pour une femelle. Il existe bien sûr des pièges puisque, chez certaines espèces, le mâle aussi couve les œufs. Pour aider le bagueur dans ce travail d’identification, des guides existent. Ils sont indispensables et toujours à porter de main sur la table de baguage. La masse d’informations à retenir est telle que le bagueur apprend toute sa vie d’autant plus que les critères évoluent régulièrement en fonction des résultats de recherche.

Jérôme Fournier

Vérification de l’état d’usure des plumes

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Table de baguage avec ses instruments de mesure et ses guides d’identification

3.2. La pose des bagues

Les bagues en métal se posent à l’aide de pinces à trous spécialement conçue pour cela. L’oiseau est tenu dans une main, la patte tenue entre deux doigts et la pince tenue dans l’autre. Pour poser les bagues plastiques, type Darvic, il faut utiliser d’autres pinces ou des gouttières permettant littéralement de faire glisser la bague sur la patte. La bague est toujours posée dans un sens permettant de lire les numéros à distance.

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Pose d’une bague à l’aide d’une pince spéciale

3.3. Les mesures

La mesure de l’aile pliée est un basique presque incontournable. Cette mesurer permet de différencier le sexe des oiseaux lorsqu’un dimorphisme de taille existe ou des sous-espèces voire populations lorsque des différences de taille existent. Cette mesure se réalise avec un réglet à butée qui donne une précision de l’ordre du demi-millimètre. La masse est prise aussi systématiquement via un peson ou une balance électronique, la précision est d’un dixième de gramme. Associée à la masse, le bagueur va évaluer sur une échelle de 4 le degré d’adiposité de l’oiseau. Cette information permet de savoir si l’oiseau a constitué des réserves suffisantes avant de partir en migration. La présence d’une protubérance cloacale ou d’une plaque incubatrice est systématiquement notée aussi. De nombreuses autres mesures ou indications peuvent être notées. Parmi elles, la présence de taches linguales, la longueur du bec depuis le crâne, la narine, les plumes, la cire, la hauteur et l’épaisseur du bec, l’épaisseur et la longueur du tarso-métatarse, la longueur des ongles, du corps, d’une rectrice, d’un filet, des plumes, la longueur de leur émargination ou de leur échancrure, la couleur du palais, la présence de barres de croissances sur les plumes, le nombre de rectrices, de rémiges primaires ou secondaires, le niveau d’usure de certaines plumes, la présence de tiques autour du bec, le degré de pneumatisation du crâne et bien d’autre paramètres encore.

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Mesure de l’aile pliée chez ce Martin-pêcheur d’Europe

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Table de baguage avec tous les instruments nécessaire au baguage, réglets, pied à coulisse, pince à baguer, balance…

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Mesure du tarso-métatarse à l’aide d’un pied à coulisse

Il est possible aussi de réaliser des fiches de mues et de formules alaires. La première permet de connaître, plumes après plumes, leur niveau d’usure, de fraîcheur et de pousse. Tous les groupes de plumes sont concernés, les tectrices bien sûr qui couvrent tout le corps de l’oiseau mais aussi les alulas, la carpale, les petites, moyennes et grandes couvertures, les couvertures primaires, les rémiges primaires, secondaires et tertiaires lorsqu’elles existent et les rectrices pour ne citer que les principales. La formule alaire a pour objectif de mesurer chaque plumes de vol de manière à différencier, là encore, différentes populations.

Plus rarement et lorsque l’étude scientifique le stipule, il est possible d’effectuer des prélèvements en complément du baguage. Les principaux prélèvements possibles sont les plumes, le sang et le sperme. De toutes petites quantités sont prélevées pour qu’en aucun cas, l’oiseau puisse être mis en danger.

3.4. La collecte et l’envoi des données

Toutes les données sont retranscrites à la main avant d’être informatisée. Le bordereau de saisie est donc un des éléments fondamentaux du baguage. Il sera donc ensuite retranscrit sur une feuille de donnée Excel avant d’être envoyé au CRBPO où il alimentera la base de données nationale. Ces données sont ensuite protégées par le CRBPO. Pour pouvoir les consulter ou les utiliser, il faut préalablement prendre contact avec le CRBPO et déposer un projet scientifique. Les chercheurs du MNHN, du CNRS ou des universités et autres organismes de recherche utilisent régulièrement ces données pour produire des thèses de doctorat et des articles publiés dans des revues scientifiques nationales et internationales.

Jérôme Fournier

Bordereau de saisie

3.5. Vous avez trouvé une bague métal

Envoyez la bague, ou son identifiant alphanumérique, ainsi que le nom de l’espèce et les circonstances de la découverte à :

Muséum National d’Histoire Naturelle

CRBPO

43 rue Buffon, CP 135, 75005 Paris

4. Devenir bagueur

Posséder une expérience en matière d’ornithologie de terrain est un atout pour devenir bagueur. Savoir identifier la plupart des espèces communes de France est un préalable assez indispensable mais qui n’est toutefois pas obligatoire. Il faut se rendre sur le site du CRBPO et télécharger le carnet de formation qui se décline en 4 niveaux. Pour chaque niveaux, ce carnet devra être entièrement validé par 2 bagueurs indépendants, au minimum. L’idéal est de se rapprocher d’un bagueur qui exerce dans votre région et de lui demander de vous initier, puis de vous former. Il existe aussi chaque été des camps de formation au baguage organisés par des bagueurs chevronnés, un peu partout en France. Une formation au cours de l’année avec un bagueur, complétée par des stages intensifs en période de migration permet d’acquérir le niveau nécessaire pour se présenter à l’examen national de qualification. Il est bon aussi de se former à tous les programmes proposés par le CRBPO et acquérir ainsi une expérience complète, baguage intensif en migration sur les oiseaux paludicoles, baguage de passereaux terrestres, baguage de nuit (alouettes, océanites, bécasses,…), baguage en montagne, en zone méditerranéenne, baguage de limicoles, de laridés, d’ardéidés, de rapaces, etc. Plus l’expérience est grande, meilleure sera la formation. Généralement, un bagueur est formé en 3 à 4 années. L’année précédente de l’examen de qualification, vous suivrez une formation théorique de 2 jours au Muséum National d’Histoire Naturelle. Vous vous inscrirez ensuite dans l’un des 3 examens nationaux de qualification et au bout de 5 jours d’examen, vous serez, ou non, bagueur.

5. Records (grâce aux données de baguage, BTO)

Oiseaux les plus âgés

Puffin des Anglais 50 ans

Petit pingouin 41 ans

Fulmar boréal 40 ans

Oie à bec court 38 ans

Fou de Bassan 37 ans

Huîtrier-pie 36 ans

Eider à duvet 35 ans

Goéland brun, Canard siffleur 34 ans

Sterne pierregarin 33 ans

Corbeau freux 22 ans

Pie bavarde 21 ans

Grand Corbeau, Corneille noire, Etourneau sansonnet 17 ans

Geai des chênes, Crave à bec rouge 16 ans

Choucas des tours 15 ans

Merle noir 14 ans

Mésange charbonnière 13 ans

Oiseaux les plus rapides

Canard chipeau 352 km en 1 jour

Roitelet huppé 737 km en 1 jour

Hirondelle rustique 4932 km en 9 jours

6. Guides de détermination des oiseaux

Fiches de Javier Blasco Zumeta

Ouvrage de Laurent Demongin

Fiches du site Birds of the Western Palearctic in Hand

7. Informations sur le baguage

Europe

EURING

France

Centre de Recherche sur le Biologie des Populations d’Oiseaux

Royaume-Uni

British Trust of Ornithology

Belgique

Institut Royal des Sciences Naturelles

Suisse

Schweizerische Vogelwarte Sempach

Gestion des bagues couleurs

European Colour-ring Birding

Hauts lieux du baguage en migration

Col de Jaman (Suisse)

Col de Bertolet (Suisse)

Fort Vert (France)

Sites généraux sur le baguage

Gaston Gast (Belgique)

 

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